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Date de création : 07.04.2010
Dernière mise à jour : 24.05.2013
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Marquenterre, la mer qu'est en terre

Publié le 20/04/2010 à 07:54 par philippehoubart Tags : marquenterre rue crotoy picardie somme
Marquenterre, la mer qu'est en terre

Le circuit des Garennes (una quarantaine de kilomètres) fait découvrir le beau petit pays de Marquenterre, limité au sud par la baie de Somme et au nord par celle de l'Authie. Le Marquenterre, c'est "la mer qu'est en terre".

Il est en effet des endroits, le long de la route du Crotoy, vers l'embouchure de la Maye ou la pointe de Saint-Quentin, où l'on ne sait où finit la terre et où commence la mer. Et à l'intérieur, dans le bocage, l'eau est toujours là, au bord de chaque chemin.

Autrefois, ces "rives incertaines" chères à Robert Mallet étaient encore plus floues : Rue était un port, et Saint-Quentin-en-Tourmont a été plusieurs fois englouti sous les dunes et reconstruit plus loin.

 

Les trésors de Rue

 

Pour entamer le circuit, on peut partir de Rue, adorable vieux bourg plein de charme, de trésors et de belles maisons, capitale du "gâteau battu". La merveille des merveilles, c'est la chapelle du Saint-Esprit (XVe-XVIe siècles), chef-d'oeuvre du gothique flamboyant.

Tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, c'est une véritable dentelle de pierre. Sculptures et peintures racontent la légende du crucifix amphibie qui vint directo de Jérusalem à Rue par la mer, tout seul comme un grand.

Le beffroi à cinq pointes a une belle allure nordiste. On peut monter à côté des tourelles, d'où l'on domine la petite ville et le plat bocage du Marquenterre, fermé par la ligne noire des pinèdes plantées dans les dunes. À côté a été installé un petit musée consacré aux frères Caudron, nés à Rue et pionniers de l'aviation.

Tout près, il faut voir aussi la chapelle de l'Hospice (XVIe), avec sa voûte en bois, comme une coque de vieux navire.

Pour sortir de Rue, prendre la direction du Crotoy, traverser le rond-point de la route des plages, puis prendre à gauche la direction "Les Marais - Rue de Becquerelle".

 

Le Crotoy : le ciel, le sable et la mer

 

Des petites routes étroites et tortueuses, bordées de fossés, s'enfoncent dans un univers secret qui a des airs de Camargue ou de marais vendéen : maisons basses toutes blanches, aulnes et saules, prés humides. C'est le vrai Marquenterre.

On traverse la Maye canalisée puis, à un carrefour indiquant Romaine à gauche et Favières à droite, on prend cette dernière direction. On arrive alors au Hamelet, où il faut découvrir la charmante petite église du XIe siècle, à l'écart, restaurée et bichonnée avec intelligence, un havre de sérénité.

Il faut ensuite reprendre la départementale, traverser Favières puis la route de Rue, et l'on arrive par la rue de Mayocq au Crotoy, "la seule plage du Nord orientée au sud".

La station, avec son indiscutable cachet, était fort en vogue au XIXe et au début du XXe. Lancée par Guerlain, enfant du pays et parfumeur de l'impératrice Eugénie, elle vit passer Jules Verne, Toulouse-Lautrec, Colette, tombés amoureux des inimitables couleurs mêlées du sable, du ciel et de la mer. De la vaste esplanade orientée vers la baie de Somme, c'est là qu'on peut le mieux admirer ces jeux de lumière.

Et il y a le port avec encore quelques bateaux de pêche, et les brasseries à moules-frites chères aux Picards, Nordistes et Parisiens en week-end.

 

La paix sauvage du Marquenterre

 

Il faut quitter Le Crotoy par la direction de La Bassée, plein nord, et suivre les indications "Domaine du Marquenterre". Une belle plage sauvage, à l'embouchure de la Maye, est accessible par une petite route à gauche.

L'itinéraire aborde les pinèdes au Bout-des-Crocs. À gauche, un panneau "accès à la baie" ouvre à une très belle promenade le long de la Maye puis de la côte sud du parc du Marquenterre. Tout au bout, très loin, on atteint la pointe de Saint-Quentin. C'est une leçon de géographie vivante puisque chaque année, à vue d'oeil, la mer s'éloigne. Le banc de l'Îlette, îlot de sable submersible dans les années 90, est aujourd'hui une presqu'île colonisée par une végétation rase et colorée.

Où est la mer, où est la terre ? C'est ici le bout du monde, un endroit magique troublé seulement par les oiseaux de mer et quelques cavaliers. Mais ça se mérite, il faut marcher...

Le circuit passe par l'entrée du parc du Marquenterre. La réserve ornithologique et l'immense domaine contigu constituent un site unique à visiter absolument, en toute saison. C'est un exemple exceptionnel d'écologie intelligente, puisque c'est l'homme qui a intégralement créé cet univers élu par les oiseaux migrateurs pour en faire leur paradis.

Parcours d'initiation, parcours d'observation, héronnière, grande volière... allez impérativement découvrir oies cendrées et rieuses, bernaches, tadornes, canards de toutes races, hérons, spatules, aigrettes, huîtriers-pies, et ces cigognes qui s'y plaisent tant qu'elles ne veulent plus partir. On comprend : tous les oiseaux d'Europe se sont approprié ce superbe environnement d'étangs, de marais et de pins.

Après le parc, le restaurant de la Forêt et ses gîtes sous les arbres, il faut tourner à gauche. La route longe la pinède et les belles maisons qui s'y abritent. Suivre alors l'indication "accès à la mer" (en l'ayant évitée précédemment). Un sentier pédestre de plus de trois kilomètres s'enfonce sous les pins, traverse des paysages méditerranéens et des "pannes" mouillées. Puis c'est la dune, le grondement de la mer, une plage infinie et déserte sous le ciel immense.

Ensuite, on rejoint la route qui va de Quend et Fort-Mahon à Rue, pour revenir au point de départ. À moins que votre esprit aventureux ne vous lance, par Froise, dans un dédale de petites routes au milieu des prés au ras de l'eau, où folâtrent les chevaux Henson de la baie de Somme. Pour jouir pendant quelques derniers instants de la paix sauvage du vrai Marquenterre.

 

Philippe Houbart, 3 août 1995





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